Foutebol
   

Roberto Di Matteo, l’azzurro des Blues


Chelsea est en finale de la Champion’s League après une demi-finale héroïque face à Barcelone. Le club londonien doit sa qualif’ à un entraîneur méconnu du grand public. Mais pour les fans des Blues, Roberto Di Matteo est un ancien et un fidèle de la maison.



A la fin des 90’s c’est l’époque du Chelsea « italian connection ».

Roberto Di Matteo évolue au poste de milieu de terrain en soutien d’un duo Gianluca Vialli - Gianfranco Zola. Le milieu transalpin n’était pas le plus médiatique des trois mais pas le moins besogneux non plus. Il laissait la lumière au petit attaquant de poche, Gianfranco Zola, l’idole de tout Stamford Bridge. Vialli, lui, était entraîneur joueur avec Ruud Gullit. Mais en finale de la Cup 1997 c’est Di Matteo qui permet aux Blues de l’emporter. Dès la 42ème seconde de jeu, il envoie une frappe de mule de 25 mètres sous la barre qui laisse Ben Roberts, le gardien de Middlesbrough, impuissant. Un second but de son compère du milieu de terrain, Eddie Newton, sur une passe de Zola, permet à Chelsea de l’emporter 2-0 et de soulever sa première FA Cup depuis 27 ans. DiMatteo détient alors le record du but le plus rapide en finale de Cup.Il sera battu en 2009 par Louis Saha. P’tit Louis score dès la 25ème seconde mais Everton s’incline 2-1 face à… Chelsea.


Distributeur de ballons

La victoire en Cup qualifie les Londoniens pour la défunte Coupe des Vainqueurs de Coupe. Et là aussi, les Blues vont l’emporter. Dans une équipe positionnée en 3/5/2 avec notre Francky Leboeuf national en libéro, Di Matteo évolue au centre du terrain. Avec Dennis Wise à la récupération derrière lui et Gustavo Poyet à ses côtés, ils sont chargés d’alimenter une attaque qui, à l’époque, était l’une des terreurs de Premier League. Quand Zola, 31 ans et Vialli 33 ans n’étaient pas alignés, Di Matteo devait distribuer les caviars à Tore Andre Flo et un Mark Hughes toujours fringuant malgré ses 34 ans. Pas le plus ingrat des boulots en somme. Irréguliers en championnat, les Blues flambent en coupe d’Europe. Au premier tour, ils passent 4 buts en deux matchs au Slovan Bratislava. En 1/8^ème , vexés d’avoir perdu 3-2 en Norvège, ils infligent un 7-1 à Tromso à Stamford Bridge. Vialli se permet d’inscrire un « perfect hat trick », pied droit, pied gauche, tête. En 1/4 c’est le Betis Séville qui en encaisse 5. Les Blues arrivent en finale après être venus à bout des coriaces italiens de Vicenza 3 buts à 2 sur l’ensemble des deux matchs. Et oui à l’époque Vicence se permettait de gagner la Coupe d’Italie et d’aller en demie de C2. En finale c’est le Vfb Stuttgart qui se dresse face à Chelsea. L’icône du club, Gianfranco Zola, entre à la 70^ème et plante le but de la victoire à la 71^ème . Les Blues avec un Di Matteo constamment titulaire s’imposent 1-0 et remportent l’avant dernière édition de la Coupe des Coupes en 1998. Chelsea s’offre aussi la League Cup et la Supercoupe d’Europe la même saison.


Vieux de la vieille

L’Italo-Suisse formé au FC Schaffhouse et passé par la Lazio remporte un dernier titre avec la FA Cup 2000. Entre-temps à Londres les Italiens ont laissé la place aux Français. Didier Deschamps pique la place de Di Matteo au milieu, et Marcel Desailly vient faire la paire derrière avec Franck Leboeuf. Fort de ses 34 sélections en équipe nationale, Roberto raccroche les crampons en 2002. Il fait son retour à Chelsea un peu moins de 10 ans plus tard. Roman Abramovitch le choisit comme adjoint d’André Villas Boas. Après la défaite face au Napoli, l’entraîneur à 15 millions d’euros est débarqué par le milliardaire Russe et son adjoint se retrouve avec l’immense tâche de redresser une équipe en totale perdition. Pragmatique, il ressort du placard les anciens que Villas Boas s’était mis à dos. Après une victoire poussive, 1-0 contre Stoke, Di Matteo relève le défi de remonter le 3-1 concédé à l’aller à Naples en 1/8ème de finale de Champion’s League. Il réinstalle Lampard au milieu et Chelsea se remet à être porté par ses historiques. Drogba mène l’attaque et tire toute l’équipe vers le haut en ouvrant le score à la 28^ème . Terry double la mise et Lampard inscrit le 3^ème but sur penalty pour emmener les Blues en prolongation malgré le but d’Inler pour le Napoli. Branislav Ivanovic plante alors le but de la qualif’ à la 105^ème et Roberto Di Matteo réussit l’impensable. S’ensuit une série de 15 matchs où les Blues ne s’inclinent que face à Manchester City et l’équipe londonienne redevient cette muraille infranchissable et froidement réaliste devant le but. Malgré Torres. En 1/4 de finale, malgré une domination outrageuse des Portugais de Benfica, Chelsea s’impose 1-0 au Stade de la Luz sur un but de Salomon Kalou. Au retour les Blues jouent à se faire peur. En dépit de l’ouverture du score de Lampard, ils ne tuent pas le match et laissent Benfica égaliser à 5 minutes de la fin. C’est Raul Meireles qui d’une frappe monstrueuse sous la barre signe la victoire dans les arrêts de jeu.


Tous derrière et on donne le ballon à Drogba

On commence alors gentiment à se dire que Di Matteo pourrait nous refaire le coup d’Avram Grant en 2008 et emmener une équipe moyenne de Chelsea en finale. Mais pour ça il faut d’abord sortir un exploit face au Barça ou espérer un miracle. Di Matteo renoue avec le bon vieux système à la Mourinho « tous derrière et on met le ballon à Drogba ». Au match aller à Stamford Bridge la tactique fonctionne à merveille. Cahill, Terry et Cech se montrent infranchissables et sont aussi sauvés par les poteaux. Drogba abat un travail monstrueux au pressing et sur sa seule demi occasion du match, plante son but. Chelsea se rend au Camp Nou avec un avantage d’un but qu’il entend défendre bec et ongles. Le scénario du match retour est surréaliste. Blessures de Cahill et Pique. But de Busquets. Carton rouge pour Terry. But d’Iniesta. On se dit alors que Chelsea est parti pour prendre une manita. Mais juste avant la pause, le miracle a lieu. Lampard adresse une ouverture millimétrée en profondeur pour Ramires qui lobe un Victor Valdes un peu à la ramasse. Les Blues rentrent au vestiaire avec un but de retard et s’apprêtent à vivre l’enfer en seconde période. C’est le moment que choisit Drogba pour faire une « Eto’o ». Il se transforme en arrière latéral et tous les joueurs de Chelsea défendent comme si leurs vies en dépendaient. Messi rate un péno. Cech multiplie les parades et remercie ses poteaux. Di Matteo prie les dieux du Foutebol et finit par sortir un Drogba lessivé. Torres rentre et marque le but qui crucifie les barcelonais dans les arrêts de jeu. Score final 2-2 et rendez-vous à Munich le 17 mai pour y défier le Bayern. Di Matteo emmène aussi ses Blues en finale de Cup. Á Wembley ils affronteront Liverpool. En deux mois, le technicien italien a refait de Chelsea une machine à gagner. Il a aussi prouvé à Abramovitch qu’un bon gars de la maison peut être beaucoup plus efficace qu’un entraîneur débauché pour des millions d’euros. Roberto Di Matteo a désormais une chance de remporter le plus beau trophée de sa carrière et de l’offrir à son milliardaire de président.




Ecrit par le Samedi 28 Avril 2012 et lu 1224 fois environ
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